LPBS

Au fil des ans

Le rapport moral prononcé lors de l’assemblée générale annuelle est un bon indicateur de l’air du temps et du positionnement de l’association. Questions d’environnement, évolution du littoral — physique autant qu’humaine — et activités à fort impact s’y inscrivent dans une réflexion de moyen et long terme. Les principaux textes, publiés à partir de 2015, sont repris ici du plus récent au plus ancien.

2025

Surveiller et expliquer les contraintes pour préserver le littoral picard

L’assemblée générale de l’association Pour le littoral picard et la baie de Somme nous permet de faire le point sur l’année écoulée mais aussi de constater si l’association poursuit ses objectifs initiaux. Elle permet également de se situer par rapport aux questions d’actualité et surtout de se projeter dans le futur.

Les activités effectuées en 2024 sont un bon signal de notre adaptation et de nos réponses qui, il faut le dire, ne sont pas nécessairement des coups médiatiques mais du travail de fond et sur le terrain). Le rapport d’activités sera présenté tout de suite après avec une présence de notre association à différentes échelles, du local au régional et un peu au niveau national.

Lire le rapport moral de 2025

Il me semble intéressant de dresser quelques pistes de réflexion sur des points particuliers dont nous avons déjà parlé lors des assemblées générales précédentes dans un contexte en pleine évolution.

Nous pouvons compter sur certains de nos membres, parfois des sympathisants qui tout au long de l’année nous informent, nous avertissent, nous font part de leurs remarques personnelles permettant de débattre, d’enrichir la discussion. Ceci permet à LPBS de faire savoir aux instances concernées nos propositions et nos positions sur des sujets parfois insignifiants, en apparence, mais aussi sur des problèmes de fond qui échappent en partie aux effets de mode qu’il faut malgré tout intégrer. Nous remercions toutes ces personnes, véritable « veilleurs de terrain » sans qui nous passerions à côté de problèmes conséquents.

Je ne reviens pas sur la sur fréquentation touristique, inadaptée aux espaces fragiles du littoral picard sur lesquels les effets sont loin d’être négligeables et deviennent inquiétants. L’excès d’activités touristiques, toujours plus nombreuses et diverses, nuit à notre littoral, véritable la poule aux œufs d’or vendu comme une destination française caractérisée par sa riche biodiversité et ses paysages emprunts de traditions et d’une occupation des sols de grande qualité…

Prenons l’exemple de « Belle Dune » cet espace de villégiature entièrement créé pour accueillir des touristes pour des cours séjour, avait été accepté, il y a presque 30 ans par Robert Mallet, afin d’éviter le mitage du littoral par des constructions anarchiques. L’objectif était de concentrer les « amoureux de la Baie » un peu en arrière du littoral entre Quend-plage et Fort-Mahon. En contrepartie, le classement du Marquenterre au titre de la loi paysage de 1930 devait maintenir un paysage préservé. Nous pouvons dire que ce fut globalement un compromis acceptable. En revanche, que penser de la densification imminente de la surface de ce néo-village construit selon les critères de la fin du XXe siècle ? Dans ce vaste espace, les promoteurs veulent poursuivre le même modèle de construction dans une partie du domaine « où il n’y a rien de spécial à signaler en ce qui concerne la faune et la végétation » … En commission départementale de la nature, des paysages et des sites (CDNPS), nous nous sommes opposés à cette proposition. Cette portion de No mans land sans espèces rares, n’est-il pas un espace de respiration dans le paysage ? La faune et la végétation n’ont-elles pas besoin d’espaces délaissés, pas spécialement esthétiques. La nature ferait son œuvre spontanément. Cette remarque est à nuancer, il est vrai.

Toujours dans ces commissions de la « CDNPS », les aménagements, les modifications de constructions sur le littoral sont souvent présentées et entraînent des débats, en fait nous n’étudions que ceux qui posent des problèmes majeurs ! les communes de Quend-Plage, de Fort-Mahon, du Crotoy et celles du sud de la Baie, sont souvent concernées. Cela prouve qu’une pression foncière s’exerce sur le bâti ancien, sur les « dents creuses » dans les villages et très fréquemment à la limite des zones urbanisables. Les propriétaires ont, par principe, le droit de demander un permis de construire mais ne peuvent pas faire n’importe quoi ni n’importe comment. En lisière, il est indispensable de tenir compte de l’environnement et de multiples interactions.

Je prendrais ainsi un problème d’actualité : la construction de nouveaux hangars agricoles sachant que les fermes ne correspondent plus du tout aux normes sanitaires héritées du siècle dernier. Il faut à présent des espaces pour mettre à l’abri les machines et les récoltes ou les animaux. C’est alors une question de fond pour décider ce qui est acceptable. Des architectes aident en général les propriétaires à tenir compte de la réglementation face à de nouvelles contraintes techniques telles que l’intégration des énergies renouvelables. Des méthaniseurs sont encore peu fréquents pour le moment, en revanche les panneaux photovoltaïques vont rapidement se multiplier pour alimenter les bâtiments en énergie électrique. Ceci va modifier le paysage picard traditionnel. Le photovoltaïque est relativement plus discrets dans le paysage. Les toitures traditionnelles à deux pans ne conviennent plus dans la plupart des cas, en effet tous les projets proposent à un toit à pan unique pour bien orienter ces panneaux vers le soleil. En commission, nous nous sommes posé la question à savoir s’il fallait accepter cette nouveauté dans la construction des hangars ? On peut rappeler que les usines à l’allure de châteaux ont créé, au XIXe siècle surtout, notre paysage industriel typique, le XXe siècle a préféré des formes géométriques. N’allons-nous pas créer un nouveau paysage agricole du XXIe siècle que nous allons créer pour des décennies ? Il y a une question d’acceptation de la modernité qui a ses limites, par exemple les innombrables éoliennes dans la Somme.

Un autre sujet important concerne toute la France : il s’agit de la Zone d’Artificialisation Nette ou ZAN qui vise à ralentir et compenser l'artificialisation des sols. Nous avons été invités au Paraclet à Cottenchy, par le Conseil départemental et le préfet pour participer à une table ronde sur le thème de la « sobriété foncière », sujet qui nous t intéresse vivement. Nous avons constaté qu’en ce qui concerne le Santerre, les personnes étaient globalement favorables, tout en acceptant des aménagements naturels comme l’installation de haies, la reconstitution partielle de la continuité écologique de la trame verte et bleue. Il y eut quelques élus ou responsables de l’aménagement du littoral mais sans grande prise de parole de leur part, alors que sur place nous alertons, avec d’autres associations telle que le PACTE à Saint-Valery-sur-Somme, de l’augmentation excessive de lotissements entraînant une perte évidente de terres. S’ajoute à la difficulté d’assurer un traitement des eaux usées, déséquilibré en saison touristique, comme c’est déjà le cas

S’ajoute à cela en entrée de ville la modification du paysage sans intérêt esthétique qui va nuire à la « charmante petite ville portuaire ». Sans parler que l’inefficacité de remplissage de ces logements alors que la population active diminue et trouve difficilement à se loger.

Dans le cadre de l’artificialisation du terrain, il y a toujours le cas des carrières littorales dont on parle peu, leur extension est jugulée avec prudence. Cependant les galets de très grande qualité sont une richesse non renouvelable toujours convoitée, sans le faire ouvertement savoir lorsque nous participons au schéma régional des carrières. Il faut rester très vigilant.

Pour ce qui concerne l’association LPBS d’autres activités sont prévues, notamment la poursuite de notre projet sur la sensibilisation de l’érosion du littoral, en prenant comme point de repère le blockhaus du Hourdel. L’association a, dès 1989, suivi de différentes manières, l’érosion et la sédimentation du littoral, par des colloques, des animations, des informations. Depuis 2008 nous avions sensibilisé les jeunes du collège de Saint-Valery-sur-Somme sur ce sujet au niveau du blockhaus. A présent nous nous adressons à tout le monde en utilisant des techniques actuelles de sensibilisation comme les réseaux sociaux, la photographie. Tout apparaîtra sur le site qui a pris du retard en raison de sa refonte complète et que nous espérions présenter à l’occasion de cette assemblée générale. Nous vous informerons dès qu’il aura pris la place du présent site. Nous comptons sur votre soutien et votre participation active.

Nous avons par ailleurs participé à la formation des guide-nature durant l’automne, elle permet d’obtenir leur accréditation, demandée depuis 10 ans. Le retour de de ceux qui ont suivi les éléments qui leur manquaient, dans notre cas la dynamique géomorphologique du littoral sur le domaine public maritime DPM fut est très positif.

Un dernier point majeur et qui fera partie du deuxième temps de notre réunion, hors assemblée générale, concerne la réglementation en ce qui concerne le littoral, en particulier le domaine public maritime et la réserve naturelle nationale de la baie de Somme. Nous avons participé, quasiment depuis la création de cette réserve, aux réunions périodiques. Les consensus se sont précisés avant d’être acceptés. Faut-il tout préciser ? Policer de cette manière cet espace emblématique ? La réponse logique serait non. Nous vivons avec la nature, nous savons ce qu’il faut faire et nous voulons rester libres de nos mouvements, entend-on. Personnellement, je ne suis pas aussi certain que cela. Ayant appris dans ma jeunesse que quand nous passions dans une forêt, dans un champ, que nous dormions à la belle étoile, le mot d’ordre de nos parents et des accompagnateurs était : « tu dois faire comme un indien (la référence de l’époque), on ne doit pas t’entendre, pas te voir, personne ne doit deviner où tu as planté la tente, où tu es passé, etc… La plupart des chasseurs, des pêcheurs, des observateurs de la nature le savent mais respectent-ils tous les critères pour ne pas perturber un tant soit peu la nature ? Je n’en suis pas si sûr. A l’expérience j’ai pu constater que plus on connaît le milieu, mieux on peut appliquer ces principes de base et éviter des erreurs. Alors que faire pour celles et ceux qui pénètrent dans une réserve naturelle, sans connaître tout ce protocole à respecter ? Les conseils pour beaucoup ne suffisent pas alors les limites et les interdictions sont signalées voire rappelées afin de perturber le moins possible le milieu visité. La réglementation, sans doute imparfaite sur certains point, intégrant tous ceux et celles qui participent au maintien, à l’usage selon les règles approuvées est la solution actuelle la moins mauvaise, quitte à la modifier, si nécessaire, en fonction des nouvelles connaissances scientifiques ou des changements liées au milieu et aux condition climatiques. Nous laisserons notre orateur Antoine Meirland présenter l’état actuel de la réglementation, ses impacts et ses objectifs pour le futur des espaces fragiles où la dynamique souhaitée est de conserver, au moins, la biodiversité initiale. C’est de la sorte qu’un espace partagé peut simplement être maintenu et continuer à faire la renommée du littoral picard.

Rapport moral, 01 mars 2025

Jean-Marc HOEBLICH

(photo de nombreuses personnes sur un site St Valery ? )

2024

La baie de Somme troisième destination mondiale de tourisme durable… si écologique ? réellement tournée vers le futur ?

Attribuée lors des derniers Green destinations story Awards le 6 mars 2024, La baie de Somme est devenue la troisième destination mondiale : ce prix récompense « l’engagement en faveur de la préservation de ce territoire ». Cela fit la manchette des journaux et la une des médias.

Est-ce un affichage prétentieux ou une réalité de terrain ? Essayons d’analyser les faits et voyons sommairement les conséquences possibles.

Le tourisme vert est dans l’air du temps.

Lire le rapport moral de 2024

Nous nous pencherons sur ce qui se passe plus particulièrement en Picardie maritime. Il y a une trentaine d’années, lors de la création de l’association LPBS-Pour le littoral picard et la baie de Somme, cette destination restait confidentielle, fréquentée par des particuliers, des Picards, des Belges à la recherche de plages exemptes de constructions contemporaines, des Anglais qui ont toujours chéri notre littoral et quelques Parisiens avertis. La baie et le littoral « appartenaient » essentiellement aux habitants avec leurs activités traditionnelles comme la pêche, la chasse, l’élevage ou bien héritées telles que les bains de mer, les maisons de repos et sanatoriums, les carrières, …

Dans les guides touristiques des années 1990, l’attrait de la Baie se résumait aux oiseaux dans le parc ornithologique du Marquenterre récemment créé (une étoile au guide Michelin) et le « mérite un détour » pour Abbeville, la cité médiévale de Saint-Valery-sur-Somme, le quartier « belle époque de Mers-les-Bains et encore dans la valleuse du Bois de Cise.

Il n’y avait pas de reconnaissance globale de cette entité géographique. Lorsque la baie de Somme est rentrée en 1998 dans le club restreint des Plus belles baies du monde (il y en a environ 44) cela fut ressenti localement comme un coup de bluff car sur place on se disait que si « la Baie de Somme est bien la plus belle pour nous, en quoi devait-elle intéresser les autres et à l’échelle mondiale en plus ? » (Sic).

Cette nomination s’est faite en pleine époque de la montée du tourisme de masse sur les bords de la Méditerranée et sur la côte atlantique. En Picardie maritime cela a pris une forme un peu différente avec cependant une pression croissante sur les espaces naturels et relativement intacts Nous avons défendu des sites qui risquaient de disparaître en les faisant mieux connaître. La mise en place sur un vaste territoire le label Grand site de France en 2011 fut le bienvenu parfois mal assimilé afin de rendre compatible ce endroit remarquable pour ses paysages et les personnes qui s’installent de manière éphémère pendant la saison touristique, afin d’en limiter l’impact prévisible. En parallèle, des classements et des zones de protections variées ont été nécessaires pour renforcer certains étaient déjà anciens (ZICO, Ramsar, Réserve naturelle, Natura 2000, …). Les mesures de protection durent se multiplier sur un espace qui semblait ouvert à toute liberté.

Le conflit entre les partisans des espaces à aménager et ceux demandant à préserver les milieux naturels s’est développé avec un relatif consensus (classement du Marquenterre en face de Belle Dune qui se densifiait) mais il y eut aussi des démarches avec des résultats fort critiquables. L’association LPBS a toujours veillé à ce qu’un équilibre durable s’installe en participant, dès son origine, à un maximum de commissions, de réunions afin de donner son avis, estimant qu’il faut pouvoir vivre, avoir des activités en respectant le mieux possible le milieu, ceci dans un intérêt d’équilibre acceptable. Fréquemment nous n’étions pas d’accord avec les choix et les propositions de l’ex SMACOPI, le SMBS-GLP (Syndicat Mixte Baie de Somme – Grand Littoral Picard) mais il me semble que les échanges, l’écoute de l’un et de l’autre, ont fait que le pire a été le plus souvent évité. Il nous est maintes fois arrivé d’intervenir, auprès de la DDTM (Direction Départementale des Territoires et de la Mer), des communes et des particuliers, notamment pour ce qui touche la cohérence globale, paysagère et fonctionnelle, en multipliant des focus sur le sol et son occupation, l’érosion littorale, la prévention des risques d’inondation et de submersion comme cela avait été mis en évidence à Cayeux en février 1990.

Pour revenir à notre sujet, Cette promotion au titre du tourisme durable flatte les élus locaux qui voient ainsi leurs efforts récompensés. Les Picards que nous sommes, bien souvent trop modestes, réalisons que vu de loin notre littoral présente une qualité remarquable qu’il convient de mieux connaître. Mais est-ce le bon signal pour atteindre une logique de transition écologique, comme le souligne ce terme utilisé de manière excessive ? Nous en sommes encore assez loin.

Si la côte picarde a échappé à la bétonnisation des années 1970, est-ce encore le cas actuellement ? Une expansion immobilière bien loin d’être raisonnable est constatée par nos membres et bien d’autres personnes. Toutes les communes littorales sont concernées dont St Valery-sur-Somme où se trouve notre siège social. L’expansion urbaine continue insidieusement un peu partout sur le littoral proche de la mer et à présent un peu plus dans les Bas-champs à l’intérieur des terres, reste très difficile à maîtriser alors que les lois imposent une limitation drastique de l’usage du sol.

Certes pour la mobilité, des voies vertes ont été créées et continuent de se développer mais sont déjà très fréquentées certains jours de l’année. Le réseau routier encombré par d’énormes bouchons, des parkings rapidement saturés presque toute l’année, découragent les habitués des communes littorales et des plages picardes. Peut-on accepter un surplus de visiteurs ?

Est-il encore judicieux d’investir autant pour le tourisme dans un secteur sujet aux submersions marines à venir ? Le coût pour résister à l’assaut de la mer ne fera qu’augmenter si l’on continue de la sorte. L’anticipation au-delà de 10 ans est difficile à faire admettre malgré les avertissements récents révélés par les irrégularités climatiques alternant forte sécheresse et excès d’eau.

Les travaux effectués dans le programme du PAPI (Programme d’Actions de Prévention des risques d’Inondation) donnent l’impression d’investir pour un avenir rassurant mais ils prennent comme mesure du temps le moyen terme avec des moyens financiers actuels déjà lourds à assurer. A quel prix pour les générations futures, ? En exposant la question de manière manichéenne on pourrait dire : faut-il résister en créant toujours plus de digues ? Ou bien reculer et laisser la nature gérer cet espace et l’accompagner ? Cette question posée dès 1990 ne fait que devenir plus obsédante encore. Des solutions existent. Anticiper et Innover sont les règles à décliner.

Le projet « l’eau en Somme ressource et patrimoine pour le futur » avec son livret et sa vidéo Nou Somne, notre Somme » a voulu mettre à plat toutes les questions liées à l’eau dans le bassin-versant du fleuve afin que chacun ait les éléments de base pour une réflexion en faveur d’une anticipation de manière systémique et globale, chacun à son niveau. Non seulement les besoins en eau augmentent mais tous ces aspects sont également traités de manière simple mais rigoureuse.

Toutefois la surfréquentation, le surtourisme dont on parle de plus en plus, est un handicap et non une solution sauf pour des apports financiers vite investis… pour mieux accueillir les passagers de quelques jours ou quelques mois dans l’année. Quelle est notre place dans tout cela ?

Essayons de trouver un équilibre dans le cadre d’une projection sur plus de 30 ans, en tenant compte des activités locales qui vont devoir évoluer comme cela fut déjà le cas auparavant. A titre d’exemple, seule une carte postale ancienne rappelle que dans le port de Saint-Valery, les bateaux déchargeaient du charbon pour emporter à la place des galets alors que maintenant le nautisme a pris la relève. Qu’en sera-t-il dans le futur, avec l’évolution rapide du littoral ?

Avons-nous participé à cette démarche vers un développement soutenable ? Nous l’espérons. Est-ce suffisant ? Ce combat, heureusement, nous ne le faisons pas seuls et notre mise en réseau parfois informelle avec d’autres associations permet de mieux effectuer cette marche en avant. Je pense notamment à l’IFFO-RME qui participe activement à l’éducation à la prévention des risques majeurs menaçant clairement notre zone ; à la Société linnéenne Nord Picardie et Picardie-Nature avec lesquelles nous veillons au maintien de la biodiversité malgré disparition progressive d’espèces végétales et animales quand d’autres s’implantent davantage comme les phoques (si chers aux touristes !) ; le Pool littoral picard dont nous faisons partie (avec l’Association Somme II, les amis du Courgains et Rando nature en Somme) permet de faire vivre le patrimoine maritime qui menaçait de disparaître, l’ASA du bois de Cise qui a pris le taureau par les cornes pour faire classer cet espace précieux au titre de la loi sites et paysages, alors qu’il est simplement un site inscrit. Pensons à Zéro Carbone une association dynamique qui permet de faire avancer cette démarche notamment auprès des touristes et des hôteliers – restaurateurs. Soulignons aussi les relations avec les autres associations comme le Pacte valéricain, plusieurs associations du Crotoy, celle de la vallée de la Trie qui tente de faire disparaître un énorme dépôt de gravats et produits des BTP déposés là sans autorisation. Ne pouvant citer toutes les associations que nous rencontrons lors des multiples réunions il faut reconnaître que les échanges créent des liens indispensables pour tisser un réseau de démocratie participative qui fonctionne plutôt bien. En revanche, la majorité des associations constate qu’elles n’attirent pas assez les jeunes et moins jeunes. Il est désolant de constater que, malgré les efforts des uns et des autres, l’implication est un mot qui ne fait plus partie du vocabulaire actuel. Le virtuel, les réseaux sociaux remplacent les contacts directs. L’engagement se limite à « liker » ou « ne pas aimer » suivi de commentaires réduits à des émoticônes… Est-ce réellement de la participation active, d’autant que dans ce cas de figure, on quitte ou l’on bloque aussi vite quelqu’un ou une cause possiblement intéressante ? Les outils de « sur-communication » existent mais le résultat reste décevant. Il reste à réinventer une véritable démocratie participative où l’implication exige certes des efforts d’écoute, de compréhensions, de discussions, pour aller plus loin. Les résultats alors seraient plus fiables et efficaces. C’est pour cette raison que nous avons invité après cette assemblée générale madame Anne-Marie Royal déléguée CNDP (Commission Nationale du Débat Public) pour les Hauts-de-France une conférence-échanges sur le Débat public, qui, plus qu’un outil, est une ouverture vers ce que nous avons toujours essayé d’appliquer dans notre association.

Rapport moral, 23 mars 2024

Jean-Marc HOEBLICH

(photo r Eau en Somme le roll up ?)

2023

Créer et agir pour l’environnement et le développement durable

Nous sommes plus que jamais restés fidèles à nos convictions pour l’environnement et le développement durable : ECOUTER, OBSERVER, COMPRENDRE pour mieux AGIR.

L’actualité à propos du dérèglement climatique n’est pas une nouveauté puisque l’association Pour le littoral picard et la baie de Somme avait déjà réalisé, dès 2011, un bulletin spécial à ce sujet mais elle nous oblige, plus que jamais, à nous projeter dans le futur.

Lire le rapport moral de 2023

Dans de nombreux domaines (le littoral, l’eau, les sites et les paysages, l’air, l’aménagement de territoire), nous avons continué grâce à notre vécu, à nos nombreux partenaires et à l’engagement de nos membres, d’apporter notre expertise et de partager ces connaissances avec les jeunes, le grand public, les élus avec toujours le même souci d’objectivité.

Certes, la réalisation du projet conséquent « l’eau en Somme » nous a beaucoup mobilisé pendant deux années. Cela ne nous a pas empêché de continuer de participer ardemment à de nombreuses actions et réunions du niveau local, régional, national jusqu’au niveau international plus modestement. Des précisions seront apportées dans le rapport d’activités.

Dans le bassin versant de la Somme, la qualité et la quantité de l’eau visible (eau de surface) et invisible (les nappes phréatiques) a toujours été au cœur de nos préoccupations. Tout comme les zones humides avec leur flore, leur faune, leurs sols caractéristiques, reconnues d’intérêt international (Ramsar) pour certaines. En effet quand elles sont fonctionnelles, elles jouent un rôle fondamental pour le stockage efficace du CO2 (dioxyde de Carbone) pour la régulation de l’eau grâce à une action de réserve tampon lors des inondations et de périodes de sécheresse. D’autres services sont rendus par ces zones humides comme la pêche, la chasse, l’élevage, le maraîchage, le tourisme…) et elles commencent à être mieux connues, exploitées, malheureusement pas toujours avec suffisamment de respect.

La question d’un équilibre, par exemple, entre les territoires littoraux et l’arrière-pays est plus que jamais à l’ordre du jour.

Un autre thème nous est cher, la qualité de l’air qui nous préoccupe de plus en plus. Nous sommes contents d’avoir soutenu dès son origine ATMO : ses informations, ses cartes quotidiennes sont à présent mieux connues. En effet, le littoral n’est pas épargné par des dégradations épisodiques de la qualité de l’air. La crise du Covid l’a mis en évidence. Il y a urgence que les collectivités s’emparent des outils d’ATMO pour pouvoir faire des bilans et agir en conséquence de manière plus fine.

Pour ce qui concerne le renouvellement du label « Grand site de France » de nombreuses réunions ont été organisées par le syndicat mixte Baie de Somme – Grand littoral picard. LPBS y participe régulièrement. Afin de conserver ce label connu et reconnu, les collectivités, les services cherchent un certain équilibre entre la préservation des milieux naturels, des paysages et les nombreuses activités qui s’y développent. La canalisation des touristes fait partie des objectifs prioritaires pour éviter la surfréquentation très nette de certains endroits du littoral, surtout depuis la fin du confinement. Cet outil, mal évalué par certains élus locaux, a pour obligation de faire de ce vaste espace exceptionnel un lieu de grande qualité où il fait bon vivre.

Cette surfréquentation touristique est une question très souvent discutée en conseil d’administration, nous constatons des conséquences déplorables sur les milieux naturels en dépit de recommandations administratives. Nous pouvons aussi citer, à titre d’exemple, la surenchère immobilière inhérente au tourisme et la modification insidieuse des paysages urbains. Une veille est faite par nos membres et en particulier à proximité du littoral. LPBS a suivi et continue de scrupuleusement et activement noter tous les travaux d’aménagement, les documents d’urbanisme, l’état du patrimoine maritime sans attendre les rapport et synthèses officiels.

Il est certain que l’imbroglio des délimitations de toutes les structures de développement, les zones de protection, d’aménagements rend très difficile la compréhension du rôle des différents acteurs et le bien fondé des actions en cours ou à venir. Tout le monde en convient que cela peut induire une confusion dans les esprits pouvant aller jusqu’au désintérêt des habitants et des touristes.

Un travail participatif associé à notre volonté de partager les connaissances actualisées fut à l’origine du projet « L’eau en Somme ressource et patrimoine pour le futur » qui a débuté en 2021. Il n’aurait pu voir le jour sans l’implication de notre administrateur Michel Hagnerelle, Inspecteur général honoraire d’histoire-géographie, responsable de l’Education au Développement Durable (EDD) au niveau national pendant plusieurs années. Il a apporté, avec d’autres collègues, les connaissances pédagogiques et méthodologiques qui ont permis à ce projet d’être reconnu y compris au niveau national.

Les supports qui ont été créés, à savoir un livret complété par un documentaire ont fait l’objet d’une avant-première très bien accueillie le 17 mai dernier à Saint Valery-sur-Somme. Ce projet est amené à se poursuivre en 2023 et bien au-delà. Nous remercions encore vivement tous les financeurs qui nous ont fait confiance. Le film complet sera présenté après l’Assemblée générale.

Auparavant notre secrétaire va vous résumer les nombreuses activités en 2022 qui illustrent parfaitement mon propos.

Grâce à tout ce travail, LPBS est sortie grandie malgré la période de confinement. Depuis janvier 2023, les projets d’interventions dont les ciné-débats se multiplient, nous avons régulièrement des demandes regroupées dans un tableau. Nous continuerons, bien sûr, de participer aux nombreuses réunions officielles et des associations ou collectivités, aux forums, aux villages inondation, fête de l’eau, aux travaux d’ATMO Hauts-de-France, à l’actualisation du DDRM et à la journée de la résilience, et d’autres activités…

Pour garder le cap, l’équipe a besoin, plus que jamais, de nouveaux adhérents d’implication des actuels, ne fût-ce que pour des tâches modestes mais chronophages et d’aide plus forte en matière de communication et de gestion, tout en restant des bénévoles, ce qui est un peu notre fierté dans ce monde où tout devient comptable.

En vous remerciant chaleureusement pour votre écoute et votre aide.

Rapport moral, 4 mars 2023

Jean-Marc HOEBLICH

(photo représentant l’air, des nuages ? )

2022

Expliquer pour agir

Depuis plus de trente ans, sous l’impulsion de notre fondateur, le recteur Robert Mallet, nous nous sommes montrés très attentifs aux évolutions du littoral, de l’arrière-pays et assez rapidement à l’ensemble du bassin versant de la Somme, sans oublier à un niveau régional voire national lorsque le sujet l’impose. La diversité des origines et des compétences de nos membres nous permet de renforcer notre présence aux nombreuses et diverses réunions, commissions et autres qui exigent de plus en plus de présence et d’expertise.

Lire le rapport moral de 2022

Depuis plusieurs années les contextes climatiques et sociaux nous interpellent quotidiennement et nous obligent à mettre l’approche globale au cœur de nos réflexions et propositions. Nous nous inscrivons directement dans un certain nombre des 17 objectifs de développement durable (ODD) portés par les Nations unies pour agir, en particulier développant des outils de sensibilisation, et en demeurant un levier de collaboration multi-acteurs. C’est pour nous une référence. Nous avons toujours essayé de croiser les approches environnementales, paysagères, culturelles et patrimoniales : les personnes qui vivent sur cet espace et qui transmettent par leur culture, leurs traditions et leur patrimoine immatériel. Elles doivent pouvoir vivre en bon entendement et avec respect du fonctionnement naturel de leur milieu qui a acquis, au cours des ans, une identité et une réputation dépassant très largement les limites du littoral picard

Malgré les rebondissements de la crise sanitaire notre association a maintenu et même fortement renforcé ses multiples activités. J’ajouterai qu’elle a grandi.

Nous avons tenu nos conseils d’administration régulièrement en présentiel ou en distanciel selon les conditions du moment. Comme tout un chacun, nous avons hâte de revenir aux échanges d’antan tellement plus efficaces et plus conviviaux.

Pour ce qui concerne l’objectif de sensibilisation, le projet ambitieux et inédit « Eau en Somme, ressource et patrimoine pour le futur» a débuté réellement en janvier 2021. notre association a réalisé un bond colossal en matière d’approfondissement et de synthèse des connaissances du bassin versant de la Somme. Nous pouvons remercier chaleureusement l’équipe de rédacteurs issus de divers horizons et aux compétences affirmées ainsi que les nombreux partenaires qui nous ont aidé pour enrichir notre travail. Ceci rappelle l’esprit et l’investissement demandés par les trois colloques spécifiques au littoral picard dans les années 2000. Le nombre d’heures déjà engagées pour ce projet est supérieur à 4500 h face au 1866 h pour le reste et qui correspond globalement à ce que avions l’habitude d’afficher par an. Dans ce cadre là, nous ne tenons compte que des membres de l’association et non des différents services, chercheurs, et autres personnes extérieures à LPBS et qui nous fournissent de précieux documents et informations pour enrichir notre pot commun à propos de ce projet et de la diffusion ultérieure lors des formatons. Nous devrons compter au moins autant d’heures à consacrer dans l’année présente. Il faut reconnaître que créer un tel outil engendre un enthousiasme et une dynamique qui ne nuisent pas aux autres activités, grâce aussi à un investissement plus fort de l’équipe actuelle. Il faut continuer en élargissant le cercle des responsabilités.

Notre rôle d’interface entre de nombreuses structures et différents publics, en particulier les jeunes, nous presse à renforcer notre communication (Internet, réseaux sociaux…). Au sein de l’association, il devient plus urgent que jamais d’accueillir davantage de personnes plus jeunes, animées de la même volonté d’œuvrer pour un présent et un avenir le meilleur possible.

LPBS, en tenant compte des statuts et de la réflexion des membres du CA, privilégie ainsi une approche globale. Grâce à nos membres et sympathisants, le plus souvent en partant des problèmes relevés sur le terrain, portant sur le paysage et sa préservation, la dynamique naturelle sur le littoral, les impacts des activités humaines, l’érosion insidieuse de la diversité biologique et les excès dans certains aménagements urbains, et d’autres questions encore. Cette démarche ne permet pas de traiter tous les points, des spécialistes les approfondissent mieux que nous parfois. Toutefois, en dressant un rapide bilan des vingt dernières années, j’ai pu constater que nous nous sommes beaucoup investis dans les paysages remarquables ou ordinaires, au sol et au sous-sol, à la végétation du littoral et aux cultures avec leur impact sur le milieu et en permanence de manière forte, à l’interface mer/continent avec sa dynamique si particulière. La question de l’eau a régulièrement pris une part considérable dans nos réflexions. Pour l’air, nous avions jusqu’à présent moins d’informations sauf pour ce qui concerne le climat (cf. la conférence de l’an dernier sur la crise climatique), d’où notre renforcement ces dernières années de nos actions avec Atmo pour laquelle nous avions assisté à sa création en Picardie.

N’oublions pas l’élément fondamental de ce système : les personnes qui vivent sur cet espace et qui transmettent grâce à leur culture, leurs traditions, leur patrimoine immatériel et leurs actions, une identité et un fonctionnement de cet espace clairement reconnu. Depuis 1994 notre légitimité s’étend à toute la Somme et même, dans certains cas, au-delà à la région et au niveau national. Cette forte interrelation exige une connaissance approfondie des différents domaines et nous ne nions pas que, sans conteste, des points sont à améliorer à toutes les échelles. Cette approche, encore rare dans la pratique jusqu’au début du XXIe siècle, est mieux connue à présent, n’hésitons pas à garder un peu d’avance et d’en faire profiter le maximum de personnes : nous comptons sur votre participation, quelle que soit l’échelle pour mieux COMPRENDRE, PARTAGER et AGIR en connaissance de cause.

Dans le cadre de notre partenariat avec Atmo HDF, nous comptons signer un contrat de stage d’un mois entre LPBS, l’UPJV et une étudiante en Licence 3, Sciences pour la Santé (Institut d’Ingénierie de la santé – UFR de Médecine) dont le sujet est « la qualité de l’air extérieur sur le littoral picard et l’arrière-pays. Quelle réalité, quels enjeux sur la santé ? ». Après l’assemblée générale, nous laisserons la parole au président Monsieur Jacques Patris qui nous a rejoint pour nous aider à « Comprendre les enjeux de la qualité de l’air, comment s’informer, comment agir localement ».

Rapport moral, 12 mars 2022

Jean-Marc HOEBLICH

(photo en rapport avec l’eau aspersion de terrains ou canaux des Bas-champs ?

2021

Au fil de la Somme (et prospective ?)

Cette année 2020 fut éprouvante pour diverses raisons, changement de comportement en société, accélération du virtuel dans les échanges d’information qui retirent de l’humanité, si importante, surtout dans une association. Nous avons testé en conseil d’administration les réunions virtuelles ou entièrement par mail, c’est chronophage et si chacun est informé, il manque ce lien, cette ambiance qui donne le ton à la réunion, et surtout la richesse des entretiens avant, pendant et après le temps prévu pour la séance.

Année éprouvante aussi par le temps de l’incertitude qui nous ronge. Cette attente fait perdre patience. Faut-il baisser les bras ?

Lire le rapport moral de 2021

Comme vous avez pu le lire dans les précédent bulletins Danièle Bazin nous a entraîné à réfléchir comment sensibiliser les jeunes et le maximum de personnes à la question de l’eau qui, si elle est globalement d’assez bonne qualité et encore suffisante dans la Somme, pourrait nous manquer d’ici quelques années ? Le constat est déjà bien plus sévère dans le Nord et le Pas-de-Calais…

C’est pourquoi, après des recherches en groupe, nous avons choisi de réfléchir globalement sur l’ensemble du bassin versant de la Somme qui nous semblait pertinent. D’où l’idée du projet que nous allons vous exposer les grandes lignes : « L’eau en Somme, ressource et patrimoine pour le futur ».

L’association en a une entière légitimité puisqu’elle est agréée pour participer aux commissions liées à l’environnement pour le département de la Somme.

D’autres projets sont restés en veilleuse mais ne demandent qu’à se développer. Par exemple LPBS a participé à la mise en place d’Atmo Picardie, actuellement devenu Atmo Hauts-de-France depuis 2017. Nous avons régulièrement participé aux réunions et depuis quelques années au comité territorial pour la Somme. Nous avons insisté auprès de la structure pour qu’elle vienne aussi sur le littoral picard afin d’étudier la qualité de l’air ; c’est à présent aux collectivités de prendre aussi le relai. A notre avis c’est indispensable pour pouvoir participer concrètement au PCAET : Plan Climat-Air-Energie-Territorial. Nous continuerons de participer à cette démarche pour le futur.

En effet, plus que jamais cette période de Covid nous a obligé à penser au « monde d’après ». Nous essayons d’y répondre avec notre projet Eau en Somme ou encore avec la visioconférence qui va suivre : la crise climatique concerne-t-elle le littoral picard ?

Nous tenons à nous tourner vers le futur sans oublier le patrimoine qui doit toujours rester vivant avec nos associations amies tout en agissant pour que l’environnement soit bien pris en compte dans une approche globale y compris avec les habitants dans une perspective de développement soutenable sur le long terme.

Rapport moral, 12 juin 2021

Jean-Marc HOEBLICH

(photo du PNR / Covid ? )

2020

La Picardie maritime, entre identité reconnue et situation de crises

Cette année bien particulière et inédite nous plonge dans l’incertitude. Nous avions été tenus d’annuler brusquement l’assemblée générale le 14 mars dernier pour cause de crise sanitaire qui débutait officiellement. C’est seulement maintenant que nous nous réunissons avec autant de précautions que si un loup voulait rentrer dans la bergerie. Cette situation de replis, de confinement a bousculé bien des routines, en nous obligeant à vivre, avant tout avec des préoccupations de première nécessité et, dans un espace exigu pour beaucoup. Le virtuel a permis d’échapper à son cadre quotidien, en restreignant fortement nos rapports sociaux. La réaction a été, pour certains, de se terrer « se mucher », de se faire oublier et d’oublier les liens avec autrui.

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1/La Picardie maritime renforce son identité

Les certitudes se retrouvent dans l’évolution de notre identité pour le littoral picard et la baie de Somme. En effet, la reconnaissance de la Picardie maritime se renforce avec la création du Parc naturel régional Baie de Somme – Picardie maritime, « l’Arlésienne » arrive enfin à bon port (plus de 40 ans pour aboutir à une suite de nombreuses controverses et de chausse-trappes). Il y a beaucoup à dire sur ce sujet mais il y a aussi l’espoir de voir se concrétiser des projets en veilleuse, d’autres en cours et parfois ambitieux. Ce parc est créé aussi, comme le fut en son temps, le label Grand site de France, pour que les habitants puissent bien vivent dans un espace remarquable. De plus, il leur est proposé de s’inscrire dans le développement durable initialement présent dans la charte (même si le terme développement durable n’y est pas inscrit à l’origine).

Le patrimoine avec Pays d’art et d’histoire… Voici un projet en cours qui met l’accent sur ces petites villes et villages possédant un patrimoine qui doit rayonner sur un vaste espace et non se concentrer juste sur une « capitale ».

Des membres de LPBS, en partenariat avec le pool littoral, ont activement participé à l’approfondissement des connaissances sur les noms de lieux, pour un atlas des toponymes du littoral de la Manche du Nord ; nous sommes agréablement surpris de constater combien ils intéressent, passionnent même, toutes les classes d’âge et de culture dans ce domaine. C’est très encourageant, surtout si l’opération se poursuit sous forme participative.

Les classes patrimoines et Journées européennes du patrimoine sont des actions concrètes d’appropriation de notre bien matériel et immatériel picard maritime, que nous développons également avec le Pool littoral picard. Le patrimoine devient concret, très présent et loin de l’image d’objets poussiéreux et oublié.

Certaines des sorties que nous avons organisées tentent d’insister sur les relations entre le milieu naturel, les activités humaines et l’histoire des lieux. C’est cette interactivité qui nous intéresse pour découvrir dans quel milieu équilibré, harmonieux nous évoluons, sachant que ce n’est pas si simple ni aussi idyllique.

2/ les situations de crises

La pandémie nous rappelle que nous sommes confrontés actuellement à un virus qui « met à plat » tout ce que nous faisons, la plupart de nos actions et nos projets. Voici une crise sanitaire qui révèle des faiblesses dont on ne peut pour le moment juger des conséquences qu’il faudra gérer ultérieurement.

N’oublions pas non plus la crise environnementale actuelle où la quantité et la qualité de l’eau deviennent fondamentales qui nécessitent d’amplifier la communication auprès de nos membres mais aussi du grand public, des élus et des jeunes. Nous devons tous avoir des idées claires des enjeux liés à l’eau et au milieu aquatique. Ce sera une de nos priorités dans les prochaines années.

La destruction progressive de certains milieux, l’érosion de la biodiversité nous inquiète toujours et nous suivons de près, grâce à nos membres vigilants, les attaques parfois insignifiantes sur le moment, mais fatales lorsqu’elles se répètent, spécialement dans les zones humides si importantes dans le bassin versant de la Somme.

Ne baissons pas les bras et ne tombons pas dans l’émotionnel ni la spontanéité, comme le marin, il faut tenir le cap, savoir regarder l’horizon pour préparer son accostage sans surprise.

Gardons le cap pour des valeurs fondamentales qui joignent le savoir et le respect pour une adaptation au changement.

Rapport moral, 4 juillet 2020

Jean-Marc HOEBLICH

(photo approche globale ou systémique ? Quelque chose qui montre une dynamique

2019

L’environnement, un jeu de mikado

L’association LPBS va atteindre ses 30 ans d’existence, officiellement le 9 juillet 2019. Une assemblée générale ordinaire n’est pas réunie pour dresser ce bilan, il viendra par la suite en retraçant les étapes marquantes sous la houlette de son fondateur Robert Mallet (11 ans) puis Jacques Mortier (12 ans) et votre serviteur depuis 2013. En revanche nous sommes présents pour faire une évaluation : sommes-nous toujours en phase avec les objectifs initiaux ? Quelle politique mener pour l’année prochaine, pour les années à venir ?

LPBS est une association un peu atypique parmi les associations qui se désignent agir pour l’environnement. Dans ce domaine, beaucoup se battent pour ou contre un projet précis, limité dans le territoire (pour ou contre des éoliennes, pour la préservation d’une espèce végétale ou animale, par exemple) et certaines effectuent un travail remarquable. D’autres se contentent de défendre un bout de jardin sans nécessairement regarder ce qui se passe à côté mais leur action n’est pas à négliger pour autant.

Lire le rapport moral de 2019

Dès le départ Robert Mallet s’était investi à battre en brèche certains projets locaux incompatibles avec l’environnement : une compétition navale en baie de Somme et des problèmes de carrière avaient favorisé le déclic. Toutefois, avec l’équipe qui l’entourait il tenait à prendre un peu recul en favorisant une approche globale de l’environnement en relation avec les activités existantes ou susceptible de se développer. L’idée de mondialisme scientifique et culturel, qu’il défendait, avait besoin de se développer sur un espace plus restreint : le littoral picard avec la baie de Somme fut un terrain adéquat : sur ce territoire relativement restreint se concentre une biodiversité reconnue à l’échelle internationale, sur un espace peu habité et préservé par une population qui avait refusé les grandes opérations immobilières que l’on a pu voir a cette époque sur le littoral français et européen.

Or, dans le cadre d’une approche globale, ce ne sont pas seulement les éléments qui composent cet espace que l’on doit prendre en compte mais aussi toutes les interactions, c'est-à-dire les impacts, les effets favorables ou défavorables au milieu et aux personnes qui s’y trouvent en permanence ou à un moment donné.

Cette approche complexe est mieux perçue de nos jours qu’il y a 30 ans mais elle a des limites.

L’éducation, les médias sont là pour nous fournir une multitude d’informations quasi instantanément mais dans un désordre inimaginable. La surinformation – non triée – est le lot quotidien, accélérée par Internet et les réseaux sociaux. Les informations fallacieuses (fake news) côtoient d’autres très pertinentes mais pas nécessairement bien mises en valeur car trop compliquées ou réservées à un cercle restreint.

C’est dans cet esprit qu’évolue notre – votre association avec des principes qu’il n’est pas inutile de rappeler :

Écouter et comprendre.

Le terrain est la base concrète et indispensable pour pouvoir réaliser ce qu’il s’y passe. Vous êtes tous là pour observer, vous interroger puis questionner, interpeler l’association. A nous de comprendre, de replacer dans un contexte local et plus général en fonction de l’évolution des connaissances que nous essayons de mettre à jour. Mais notre devoir consiste à aider à faire le tri dans ce flot d’informations puis restituer nos remarques de manière compréhensible et rigoureuse

Pour ce faire, l’outil qui jusque-là a été le bulletin (nous en sommes au n° 28 en cours d’impression). Le site Internet, entièrement refondu en décembre 2017 est une entrée en matière et un complément d’informations ainsi qu’un outil pour mieux se faire connaître. La nécessité d’informer toujours plus de personnes ou de se focaliser sur un point particulier nous a poussé à reprendre la lettre d’informations qui avait brièvement existé, sous forme de newsletter, en principe courant mai 2019.

Avec nos recherches, notre expérience de terrain, Il s’est avéré que tout l’environnement ne peut être traité et pour y voir un peu plus clair, des bulletins thématiques sont apparus au fil du temps : un sur le PNR de Picardie maritime (en 2010 ?), un sur le changement climatique (20xx) plus récemment le PPRN Marquenterre baie de Somme (2017) et le dernier bulletin édité n°27 sur la gestion de l’eau ainsi que Jeunesse et patrimoine.

Quel constat ? Pourquoi ces choix ? Notre position se fait aussi par rapport au tissus associatif picard Certaines associations développent davantage l’étude de la faune, la flore, la géologie, les sciences historiques et archéologiques, … c’est bien, mais il y avait un déficit en certaines connaissances. Par exemple la notion de patrimoine culturel maritime n’apparaissait que de manière historique, anecdotique ou festive il y a encore une dizaine d’années. Il était temps de s’y intéresser et dans ce cadre-là nous nous sommes rapprochés de trois autres associations pour créer un pool littoral picard avec cet objectif autour de projets tels que la toponymie avec le parc naturel marin des estuaires picards et la mer d’Opale. En parallèle nous nous participons avec l’IFFO-RME à la connaissance, l’information et la prévention des risques naturels majeurs sur le littoral, ce qui est une entrée sur le système environnemental qui touche beaucoup de personnes.

Pour ce qui concerne les aspects liés à la biodiversité, le GEMEL est une association de poids connue et reconnue (nous faisons partie du conseil d’administration) ; avec Picardie Nature, nous avons de très bonnes relations tout comme le conservatoire de Bailleul.

Ces échanges croisés d’informations ont ainsi tissé au fil des années un réseau, ceci est plus qu’indispensable de nos jours pour pouvoir travailler en interactivité sur un territoire ainsi mieux connu. C’est une manière de fédérer les connaissances, les expertises pour une meilleure approche territoriale.

AGIR pour le littoral.

Devrait-on être va-t’en guerre pour agir sur le littoral ? Certains le souhaiteraient pour s’opposer à un consensus dit « mou ». LPBS ne se positionne pas de cette manière et Robert Mallet a toujours pratiqué selon la méthode annoncée auparavant, à savoir une fois le maximum d’informations rassemblées, aller auprès des instances, expliquer nos positions et s’y maintenir. Quand un projet d’aménagement ne nous convient pas, nous restons fermes sur nos décisions et le faisons savoir auprès des services de l’État, des collectivités. Dans le cadre de commissions formelles (CODERST, commission des sites, Parc naturel marin, Agence de l’eau, …) ou informelles, nombre de projets qui semblaient aller dans le respect de l’environnement ont été acceptés, souvent avec des amendements ou des observations de notre part.

Il faut remarquer que principe général accepté est celui de gérer un espace remarquable pour qu’il se maintienne en l’état …ou presque. C’est sans doute louable, très à la mode depuis les années 1990 (après la prise de conscience au niveau national et international avec la conférence de Rio 1992). Mais est-ce le bon choix ? Est-ce bon pour l’environnement ? Suffit-il de gérer –au mieux – pour que l’on soit sur la bonne voie ? Est-ce une gestion qui s’adapte à l’évolution climatique, à la transition énergétique ? Écologique ?

Un essai remarquable de l’écrivain Elias Canetti prix Nobel de littérature : « Masse und Macht » (Masse et puissance) publié en 1960 (et 1986 en France) mériterait d’être relu, au moins pour certains passages.

Il démontrait magistralement que l’effet de masse peut avoir des conséquences qui dépassent l’homme et son éthique.

Pour l’environnement et l’écologie en particulier cela est démontré de multiples manières : une espèce végétale, animale isolée, une pollution a peu de poids et la nature s’en accommode. En revanche quand celle-ci se multiplie rapidement, elle devient invasive, dangereuse pour le milieu avant que celui-ci trouve les parades et un nouvel équilibre. Pensez au frelon asiatique, nous avons une « leçon de choses » grandeur nature actuellement dans la Somme.

Ce n’est qu’un paramètre parmi tant d’autres : la pression des phoques en baie de Somme pose question, la pression touristique peut être similaire en ce qui concerne le milieu dit naturel.

Des parades ont été mises en place depuis longtemps et surtout au cours des trente dernières années (réserve naturelle, site classé, parc naturel marin, etc.) Mais est-ce suffisant pour que les écosystèmes se maintiennent ? Les paramètres choisis sont-ils les plus pertinents ? La biodiversité change, diminue dans bien de cas et les scientifiques depuis quelques années lancent régulièrement un signal d’alarme.

Notre constat est celui d’un jeu de mikado bien connu : nous avons un tas de baguettes enchevêtrées et, pour gagner, il faut récupérer le maximum de baguettes sans faire tomber l’édifice… Certes il s’agit d’une métaphore imparfaite mais n’est-ce pas ainsi que nous pratiquons avec l’environnement en restreignant au minimum les espaces réservés à la nature, en prélevant dans le milieu jusqu’à extinction d’espèces ? En installant des édifices et équipements dans des endroits jusque-là délaissés et qui profitait à la nature ? Il y a certes de nombreuses veilles réglementaires mises en place (Ifremer, la DREAL, …). Des actions parfois efficaces existent pour éviter le pire, il faut le reconnaître mais c’est insuffisant sur le long terme.

Cette érosion insidieuse du milieu naturel ne nous conduit-elle pas à ce que le tas de baguettes finisse par s’effondrer brutalement ? Ce schéma peut s’appliquer aussi à l’homme et à ses activités : en été trop de pression touristique étouffe les villes littorales même si cela semble apporter des royalties aux collectivités. Est-ce que l’on se demande régulièrement quelles sont les limites acceptables pour avoir un environnement au sens global toujours en évolution mais vivable et en relatif équilibre ? Quand cela arrange l’individu, l’élu, la collectivité, les autorités, c’est accepté, dans les autres cas, trop souvent, « on » oublie de se mettre au service de l’environnement d’autant que les effets ne sont pas toujours visibles à l’instant même. La prospective, c’est bien, mais opter pour quel scénario ? Il est difficile de se tromper, d’autant que le scénario ne se déroule jamais comme prévu !

Il est indispensable de continuer de réfléchir et nous aider à réfléchir, à informer et à agir dans ce sens pour que le littoral picard et la baie de Somme conservent leur identité naturelle, culturelle, sociale pour continuer de favoriser un développement supportable et responsable.

Rapport moral, 2 mars 2019

Jean-Marc HOEBLICH

(photo des Bas-champs menacés par la montée des eaux)

2018

Comprendre pour pouvoir échanger puis agir sur le littoral picard et la baie de Somme

La période actuelle est cruciale pour le littoral picard en fonction du regard qu’on y porte et des problèmes environnementaux qui s’y appliquent.

La côte picarde s’inscrit depuis 2016 dans le contexte administratif de la nouvelle région Hauts-de-France ce qui facilite une approche intégrée d’une grande partie du littoral de la Manche. Elle appartient également à l’espace du parc naturel marin des estuaires picards et de la mer d’Opale et au futur parc naturel régional.

Notre association fait partie de cet espace. Si nous sommes bien agréés pour le département de la Somme et dans le futur parc naturel régional de la baie de Somme et de la Picardie maritime, il ne faut pas oublier qu’historiquement le littoral picard s’étendait au Montreuillois, jusqu’aux portes du Boulonnais. Nous nous devons de nous intéresser aussi à cet espace sans vouloir nous y installer !

Lire le rapport moral de 2018

Comme nous avons pu le signaler depuis la création de notre association en 1989, c’est un littoral et son arrière littoral qui, progressivement, affirme son identité souvent grâce à des personnes et des actions extérieures qui ont un regard encore plus pertinent que le nôtre.

Nous avions insisté l’an dernier sur un point majeur : c’est un littoral qui bouge, au point de présenter des risques majeurs pouvant bouleverser notre milieu, notre mode de vie à court et à moyen terme. Mais nous refusons de plier au catastrophisme, à condition de savoir anticiper, de faire connaître les risques de submersion marine et d’érosion du trait de côte. Tout un travail d’accompagnement, de discussions, d’échanges entamé de longue date à la fin des années 1990, doit se poursuivre au jour le jour. Nous devons aussi faire remonter les inquiétudes, les mécontentements, quand ils se présentent car dans bien des cas ils sont justifiés. Tout un travail pédagogique s’est mis en place. Pour preuve, je ne peux que constater qu’à la fin du XXe siècle, dans nos esprits nous avions encore le schéma de la conquête de terres sur la mer grâce aux renclôtures. Après 1990, le principe du maintien du trait de côte était en vigueur ; il l’est toujours. Toutefois l’idée de reculer pour mieux se préserver fait petit à petit son chemin, ici comme aux Pays-Bas, Angleterre ou l’Allemagne du nord où ce retrait se fait sans être accepté de manière entièrement consensuelle (mais cela en prend le chemin). A nous de chercher, de comprendre, de discuter et ne pas hésiter de se remettre en question s’il le faut.

L’histoire de la mer et des Bas-champs présentée déjà lors des colloques est très riche en informations sur la dynamique et les traces laissées dans l’espace littoral et l’histoire qui s’y rapporte.

Pourtant certains repères sont plus ou moins gravés dans la mémoire, ce sont les noms de lieux, ce que nous appelons dans le jargon scientifique, les toponymes : la renclôture Heluin, Le hâble d’Ault, le Marquenterre, le courant à poissons, les foraines, la Mollière aval, la « hutte des 400 coups » pour n’en citer que quelques-uns …

Tous ces noms nous permettent de savoir où nous sommes, ce que nous pouvons y trouver, y faire (la pêche, la chasse, la promenade, le logement, … Ces toponymes ont une signification, une histoire connue par certains mais pas nécessairement par tout le monde, des légendes aussi. C’est un patrimoine vivant, important même dans notre vie quotidienne et il est plus qu’utile de le faire connaître à un grand nombre de personnes.

Ainsi, un atlas des toponymes se crée actuellement. Il est issu d’un inventaire précis qui se développe. Il devrait nous restituer toute la richesse de ce patrimoine usuel qui nous permet de nous repérer, alors que nous ne connaissons pas toujours la signification cachée des lieux ou encore la longue conquête des terres sur les zones humides et la mer au fil des siècles. Avec l’université de Picardie Jules Verne et un Pool littoral d’associations, nous commençons ce travail par la baie de Somme mais à terme cet atlas concernera l’espace du parc naturel marin du Tréport jusqu’à Ambleteuse au nord de Boulogne.

Il est aussi temps de nous rendre compte que de nouvelles générations prennent possession du patrimoine maritime picard à travers des activités liées au littoral et à la mer, en particulier par les métiers qu’elles y exercent actuellement. Les journées européennes du patrimoine en septembre 2017 à Saint-Valery-sur-Somme nous l’ont bien démontré (comme vous le verrez plus loin). Il y a nécessité de continuer les efforts d’information et de transmission du savoir dans ce domaine.

Par ailleurs, soulignons la permanence des problèmes environnementaux en Picardie maritime dont un majeur, celui de l’eau sur notre littoral où aboutissent des fleuves et où les nappes d’eaux restent très vulnérables, sans parler de la qualité de l’eau de mer qui nécessiterait tout un chapitre à elle seule. La réglementation qu’applique l’Agence de l’eau, dans ses programmes actuels et à venir, change rapidement et tente de faire progresser la question de l’eau par le biais de sa transversalité, en particulier avec les activités et la biodiversité. Il est indispensable d’en faire globalement le point pour savoir si cette approche est adaptée à un milieu aussi complexe que le nôtre. Notre association a toujours œuvré dans cette direction et de ce fait deux de nos membres du conseil participent activement aux travaux, aux commissions et au comité de bassin de l’Agence de l’eau. Avec tous les changements actuels il est de notre devoir de vous informer sur tout ce qui se présente actuellement et dans l’avenir proche tant au niveau de la réglementation que des actions. Et cela va se poursuivre dans nos actions pendant un certain temps.

Pour pointer l’oxymore que révèlent l’évolution rapide en opposition apparente avec la stabilité du littoral et des estuaires picards, il nous a semblé utile de poursuivre la publication du bulletin, avec une nouvelle présentation, tout en renforçant des thématiques qui font débat, et ceci en complémentarité avec le site lpbs.fr. Ce dernier a été entièrement repensé pour échanger avec le plus grand nombre de personnes ici et sur le net, pour enrichir les questions abordées grâce à l’actualité retenue en nous efforçant de garder le recul nécessaire qui peut permettre de faire progresser la réflexion afin de répondre à notre principe : comprendre pour pouvoir échanger puis agir sur le littoral picard et la baie de Somme.

En préambule, une minute de silence pour Jean Estienne qui a été conduit à sa dernière demeure au cimetière de Cayeux-sur-mer le 12 janvier dernier. Il était l’époux d’Isabelle Estienne première secrétaire de l’association pendant 10ans, archiviste, responsable pendant des années des Arch départementales de la Somme qu’il a restructurées en leur temps. Homme d’une très grande culture il a rédigé de nombreux textes dans les bulletins et les actes de colloque.

Rapport moral, 21 avril 2018

Jean-Marc HOEBLICH

(photo risque submersion et prévention)

2017

D’un risque naturel peut-on en faire un atout ?

Riche en évènements sur notre littoral, Cette année 2016 écoulée a pris une tournure qui nous a signifié que notre association LPBS ne doit pas seulement rester le « guetteur d’idées » vigilants (Robert Mallet) mais doit informer et agir pour les personnes vivant en Picardie maritime. La prise en compte du patrimoine culturel maritime picard doit encore progresser et veiller à ce qu’il reste bien vivant (Somme II). D’un autre côté, la vulnérabilité propre au littoral (l’érosion de la côte, la submersion possible des Bas-champs) et la prévention du risque sont encore mal ancrées dans notre conscience et dans notre quotidien ou bien agacent, « donnent des boutons » à certains.

Lire le rapport moral de 2017

Encore un plan de prévention des risques naturels de plus sur le littoral picard ! Celui du Marquenterre – Baie de Somme ! A-t-on entendu tout au long de cette année.

Il a été approuvé par arrêté préfectoral le 10 juin 2016 en dépit de l’avis des commissaires enquêteurs et d’une partie de la population concernée par son application. Les esprits se sont échauffés, comme s’il était nécessaire de rappeler que nous vivons dans une zone dangereuse ! Nos anciens le savaient et s’en étaient accoutumés. Voyez les renclôtures et les digues qui parcourent les Bas-champs dont certaines remontent au Moyen-Âge ! (et je raccourcis tous les propos, parfois justifiés à ce sujet).

Certes, la mer est une ressource mais elle est aussi un danger permanent. Là où quelques hameaux s’étaient autrefois perchés sur des foraines, ces anciens bancs de galets quasi insubmersibles, se sont maintenant installés des lotissements, des habitations. L’hôtellerie de plein air (terrains de camping) parmi d’autres activités, s’est développée en grande partie dans les Bas-champs. Pour ne prendre que cet exemple, lorsque la ville de Rue avec son port attenant, vivait son âge d’or au XVe siècle, elle ressemblait à une île entourée et protégée par d’immenses marais. Puis la mer s’est progressivement retirée avec la connivence des hommes qui ont construit les renclôtures ce qui correspond en picard à des polders.

Sur le littoral lui-même, actuellement et à l’échelle de quelques décennies, certains s’inquiètent de voir le trait de côte changer aussi rapidement. Ils constatent la destruction de certains ouvrages de protection contre la mer et la menace imminente qui pèse sur les maisons en front de mer. Et pourtant que d’argent déboursé pour mettre à l’abri grâce à des épis, les Cayolais les plus exposés ! Ces préoccupations prennent de plus en plus le pas sur l’insouciance et le déni qui ont pu prévaloir auprès de riverains.

Les médias renvoient aux dérèglements climatiques comme cause de tous ces risques, avec une place particulière pour l’impact des activités de l’homme qui en accélère le phénomène.

Les dernières recherches concordent pour dire que l’élévation du niveau des mers est incontestable et ne peut que s’amplifier au cours de ce siècle avec, en particulier, une intensification des tempêtes, des submersions marines et de leurs effets en cascade.

Que peut-on faire alors ?

Au niveau international et national, des études scientifiques et des prises de décision se sont enchaînées. Mais quelle en est la logique ? Nous connaissons mal toute cette accumulation de conférences et de décisions qui aboutissent à des projets capitaux comme des plans de préventions des risques naturels (PPRN pour les initiés) dont la rigidité dans l’application irrite – voire inquiète – et semble surtout démesurée. La population, avec son capital de biens et de patrimoine matériel et immatériel, doit-elle bouger au rythme des tempêtes à venir ?

Il est temps de faire le point, localement, pour pouvoir aller plus loin, pour pouvoir s’adapter en toute intelligence. Le rapport du Sénat « Xynthia, cinq ans après : pour une véritable culture du risque dans les territoires » est un document majeur et malheureusement peu connu des citoyens que nous sommes, à proximité du littoral. Christian Manable, présent parmi nous, est le co-auteur avec le sénateur François Calvet de ce rapport diligenté par la délégation aux collectivités territoriales et à la décentralisation ; il nous livrera ses observations, ses convictions aussi, à la fin de notre assemblée générale.

Nous savons que la prospective, le plus souvent déjouée en réalité, permet cependant d’envisager un avenir pas nécessairement sinistré mais vivable, viable et supportable. Cette étape se glisse déjà dans nos esprits.

Alors je pourrai conclure ce rapport moral ainsi :

S’informer, prévenir, certes, et pourquoi ne pas tenter de transformer le risque naturel en un atout ?

Hommage à Eugène Herbet en préambule.

La roue tourne et nous avons à déplorer la disparition d’Eugène Herbet en juillet dernier. Pendant de nombreuses années il a partagé avec nous les réflexions et les suggestions concernant l’aménagement du littoral et de l’arrière-pays auxquels il était si attaché. Par ses témoignages, il nous a aidé à comprendre la complexité et l’authenticité de ce territoire et de ses habitants. Il était très informé du passé et du présent de Cayeux, sa ville natale dont il aimé partager la mémoire. Nous nous souviendrons, en particulier, d’une manifestation organisée par notre association au cœur de cette station balnéaire, à « t’chot café », trace précieuse d’un passé révolu. Ce jour-là, étaient exposés des tableaux de Cayeux et des environs peints par son père et des proches de la famille, en comparaison à des photographies actuelles des mêmes lieux. Un magnifique concert avait clôturé ce moment convivial et chaleureux. Nous renouvelons à tous ceux qui lui étaient chers nos très sincères et amicales condoléances.

Je vous propose une minute de silence à sa mémoire.

Rapport moral, 6 mai 2017

Jean-Marc HOEBLICH

(photo : carte de l’ancienne Picardie où elle s’étendait jusqu’à Boulogne)

2016

Le littoral picard s’agrandit…

… avec la création de la grande région, la frontière historique entre les provinces de l’Artois et la Picardie, entre le Nord – Pas-de-Calais et la Picardie ou entre le Pas-de-Calais et la Somme dont l’Authie était la limite, disparait administrativement. Terres du Nord, Hauts-de-France ou Nord-de-France, pour le moment le choix n’est pas encore fait. La Picardie a eu du mal à imposer son nom qui apparaît officiellement dans notre République en 1964 avec les lois fondatrices de la décentralisation de 1972.

Lire le rapport moral de 2016

Si en 1482, Amiénois, Boulonnais, Calaisis, gens du Ponthieu, du Santerre, de la Thiérache, du Vermandois, du Vimeu étaient des Picards, on oublie que, militairement, le premier Régiment d’infanterie français actuel, le plus ancien au monde encore en activité, était issu des bandes de Picardie en 1477 (1479 pour certains). Il a conservé sa devise « On ne relève pas Picardie ». Ceci souligne la force et la reconnaissance, autrefois, de cet espace territorial un peu malmené depuis la Révolution française.

Mais passons au littoral picard qui, lui, a aussi des limites qui ont changé avec le temps.

Le littoral picard correspond actuellement à la bande côtière de la Somme, de Mers-les-Bains à Fort-Mahon jusqu’à l’Authie en englobant sommairement tout le secteur à l’ouest d’Abbeville – dénommée par certains, capitale de la Picardie maritime avec, en particulier, les espaces les plus bas en partie submersibles, les Bas-champs.

Toutefois, pour les géographes, la Picardie maritime correspond aux « estuaires picards » et leur espaces contigus, celui de la Somme est le plus vaste mais on connaît les estuaires similaires vers le Nord, l’Authie, la Canche et il faudrait ajouter la Slack à Ambleteuse au nord de Boulogne, estuaire comblé de nos jours, et la Liane qui, avec les aménagements du port de Boulogne, a été entièrement artificialisé tout comme celui de Wimereux. Pour la Bresle il vaut mieux parler d’embouchure.

Toujours est-il que, de ce point de vue, cette unité géomorphologique – et historique – se retrouve pleinement dans le cadre de la grande région. Le parc naturel marin des estuaires picards et de la mer d’Opale avait déjà établi cet état en prenant en compte l’espace géographique et culturel.

Respecter la dynamique naturelle tout en l’adaptant aux activités humaines a toujours fait partie de la réflexion et des questions que portent de notre Association.

Pour ce faire, nous nous entourons de compétences afin de développer un pôle de ressources. Robert Mallet avait toujours su s’entourer de personnes pouvant enrichir les questions fondamentales (à travers le Mouvement Universel de la Responsabilité Scientifique ou MURS, par exemple) mais pour lui, comme pour l’Association, les gens de terrain occupent une place égale dans l’enrichissement de la réflexion. Marins, pêcheurs, habitants du littoral et amoureux de la côte picarde rejoignent les historiens, géographes, naturalistes, littéraires, ingénieurs d’études, géologues, et bien d’autres observateurs du littoral. Le Conseil d’administration en est le miroir. Ce pôle d’expertise multi variée nous permet d’acquérir une approche globale de la Picardie maritime avec sa dynamique, ses problèmes aussi.

C’est le noyau d’un réseau car chacun des membres appartient à d’autres associations si bien que les points de convergence ou de divergence enrichissent notre savoir. Certains d’entre nous sont ou ont été commissaires-enquêteurs instruisant les enquêtes publiques pour l’environnement et l’aménagement du territoire. Ils sont présents et ils vous diront combien cet outil de régulation de la démocratie est une école du savoir confrontant notre environnement au comportement des citoyens ; ces derniers n’utilisent pas suffisamment le droit à l’expression et à l’administration tenue de mettre en pratique les lois qui ne peuvent prendre en compte toutes les particularités du terrain.

Nous participons à différentes commissions départementales et régionales en espérant être un exemple pour la Société civile.

Notre association a donc toujours eu vocation d’être l’intermédiaire/ l’interface grâce à des actions et des rencontres multiples et variées : diffusion de l’information, pédagogie pour faciliter la compréhension de l’environnement et prise en compte de l’aménagement, de la réglementation, participation à la Fête de la science, à Agora et aux salons d’associations, aux Journées européennes du patrimoine à Saint Valery-sur-Somme. Mais aussi une participation active à des associations comme le GEMEL, Association Somme II, CPIE, entre autres, et bien évidemment une participation régulière à différentes commissions (CNPDS, PNM, PNR, Comité de la pêche, Agence de Bassin, …).

L’association doit demeurer une Force de proposition.

Dans le passé Robert Mallet a, entre autres, demandé le classement du site du Marquenterre et de la Baie sud.

Jacques Mortier en siégeant au CESERE, a insufflé à la Région Picardie la nécessité primordiale de la prise en compte du développement durable.

De ce fait, il nous a semblé utile de réfléchir ensemble sur le devenir du littoral en tenant compte de la COP 21 – manifestation très médiatisée en novembre dernier – d’entrevoir des pistes pour pouvoir, dans le futur, mieux vivre sur notre littoral.

Le débat a déjà commencé mais il s’enrichira dans les prochains mois voire les prochaines années.

Dans ce nouvel espace régional administratif, notre association Pour le Littoral picard et la baie de Somme poursuit avec ferveur et, espérons-le, efficacité ses objectifs en Picardie maritime.

RAPPORT MORAL, 12 mars 2016

Jean-Marc Hoeblich

(photo de Robert Mallet sur le terrain)

2015

Guetteur vigilant

Notre association Pour le littoral picard et la baie de Somme entame sa vingt-sixième, année à la suite de la première assemblée générale du 9 décembre 1989.

Le mois de mars passé a été marqué par la commémoration du centenaire de la naissance de Robert Mallet, son fondateur (disparu en 2002), dont nous n’oublierons pas l’importance qu’il a joué pour la mise sur rails votre association avec des passionnés du littoral qui s’inquiétaient de son avenir. Une exposition à Abbeville et deux colloques, un dans cette même ville et le second à l’Université de Picardie Jules Verne à Amiens ont présenté différentes facettes du recteur Mallet, un humaniste engagé dans l’environnement et la responsabilité citoyenne.

La tentation est grande de vouloir faire le point sur la fidélité aux principes de cet humaniste engagé dans l’environnement et l’évolution des préoccupations d’équilibre entre l’Homme, ses activités et la nature sur le littoral picard.

Fidélité certes, mais dans la lucidité d’une évolution permanente.

Lire le rapport moral de 2015

Vingt-cinq ans après, les grands traits de la mobilité du rivage restent les mêmes avec l’inexorable recul des falaises, l’ensablement permanent de la baie de Somme, la fragilité des cordons de galets limitant les Bas-champs Sud et aussi la variation du cordon littoral sableux des dunes au nord ou encore la dynamique érosive accélérée en baie d’Authie.

Que s’est-il passé durant ce laps de temps ? Nous avons acquis une meilleure compréhension de certains phénomènes et une meilleure analyse des paramètres de cette évolution. Toutefois, des questions fondamentales restent toujours en suspens.

La préoccupation à propos de la santé du milieu naturel est plus que jamais de mise. Les oiseaux, un bon indicateur de celle-là, modifient actuellement leur mode de vie et leur migration : est-ce un signe manifeste du changement climatique ?

La mortalité des coques participe au questionnement sur la ressource naturelle ; des études commencées depuis plus de vingt-ans, suivies par une association voisine et amie le Gemel (groupement d’études estuariennes et littorales), révèlent des résultats pertinents.

Le terme « gestion », un peu sur toutes les lèvres, prend réalité dans les préoccupations et les orientations que l’on souhaite accorder à notre espace si particulier :

La gestion des estuaires européens, le plan de gestion pour le parc naturel marin des estuaires picards et de la mer d’Opale, nos réflexions sur un plan de sauvegarde de la Baie mais aussi une information préventive sur les risques majeurs afin de réduire la vulnérabilité des populations.

Le patrimoine culturel maritime a également besoin d’être mieux identifié et mieux connu afin d’être mieux valorisé. L’exemple du baliseur Somme II en est un exemple.

Il est aussi nécessaire de s’attarder sur l’évolution des concepts et de la réglementation à l’échelle européenne voire mondiale pour en imaginer la résonance à notre échelle locale. Des prospectives portant sur la transition énergétique ou encore sur l’évolution du SDAGE (schéma d’aménagement et de gestion de l’eau) devraient entraîner une nouvelle donne. Mais qu’en sera-t-il du patrimoine identitaire du littoral picard et de la baie de Somme ?

L’inscription du littoral picard dans une évolution plus globale commence à être prise en compte mais il est nécessaire d’anticiper dans le souci d’un développement acceptable.

Restons les « guetteurs d’idées » vigilants comme le soulignait Robert Mallet.

Jean-Marc Hoeblich, 11 avril 2015